Tu le connais bien , ce petit bruit que font tes tongs quand elles claquent contre le sol brûlant . Autour de toi , une odeur de jasmin , de plastique neuf , de cuir , mêlée à la chaleur ambiante . Il y a du bruit , les petits qui courent en slalomant entre les étalages , la clé que je fais tourner autour de mon index , toi tu t'inquiètes de savoir quand aura lieu la prochaine livraison de redbull . T'as les cheveux trempés , ça dégouline sur ton tatouage . C'est un vrai , dis , c'est un vrai ? Tu leur souris poliment , t'es belle . Suis-moi , la musique orientale est plus forte dans le magasin de serviettes . Tu y jettes un coup d'oeil en passant , puis un rayon de soleil t'oblige à plisser les yeux . Tu lis le " 449 " au bas du mur blanc . A ta gauche un cyprès , continue . Sur ta droite , l'amandier . J'écarte la fleur fushia qui nous barre le passage , la clim' fuit toujours au 553 . T'es vigilante parce que tu sais que l'une des dalles du chemin est déplacée à cause d'un crapaud . Alors t'évites de te faire mal , tu complimentes la grande terasse , une fois de plus , et enfin tu tournes la clé dans la serrure . Sensation de froid , tu jettes ta serviette sur la chaise de jardin qu'on manque de bousculer chaque fois qu'on entre . Tu te charges d'appuyer sur 'play' , et là c'est en coupant l'air avec tes deux mains au rythme de la nouvelle danse du village que l'envie te prend d'allumer une cigarette . Installe-toi , bienvenue chez toi , mon amour .
Tous les soirs ma main aimait faire le voyage pour retrouver la tienne , quelque part entre Clarinette et ton oreiller . J'faisais pas exprès de m'endormir chaque fois que tu étais sous la douche , par contre j'faisais exprès de marcher derrière toi dans les souks . J'ai jamais eu plus belle vision : des fleurs sur ton tee-shirt , tes achats à la main , tu te fraies un chemin entre les poteries , les sacs et les stands de bracelets à graver . La nuit tombe , et je me sens bien . Les étoiles , je les connais par coeur . J'les ai pas lâché des yeux en remontant l'allée , je les ai aimé une par une de mon transat' ensablé . Naïves au point de croire aux blagues du réceptioniste , heureuses au point d'embrasser les parasols . Clarisse , la capitaine des verts . & quand les verts vont se mettre à jouer ( ouais ouais ) c'est tout El Shems qui va s'enflammer ( ouais ouais ) allez allez , allez allez , allez allez les verts allez . Motivation sans limites , surkiffage de rigueur . Les médailles t'allaient à ravir , la victoire comme beau souvenir . Puis s'imprégner du bruit des vagues , mémoriser l'emplacement de chaque chaise . J'ai envie de te rappeler cette sensation , tu t'assois sur le banc en carrelage en face des crêpes . Tes jambes s'y collent , tu commandes un jus de pêche pour toi , un coca pour elle , un Indien pour lui , un cocktail Santa El Shems pour moi . Tu le croiras ou pas , mais même les mains moites du gros à la caisse , même l'odeur d'égoût sur le chemin du Garden Beach , même tes soupirs quand tu réalises que j'ai encore fermé la porte du bungalow en laissant la clé à l'intérieur , même les kebabs qui brûlent la langue , bah ça me manque à un point inimaginable . A fond sur ton jet ski , à fond sur ton quad , les cheveux au vent , les bras qui appellent les coups de soleil juste histoire de faire atelier biafine avant d'aller manger . Je saurais imiter à la perfection l'air que tu prends quand tu lis la blague du jour de Boubou , sur les écrans du hall des images défilent . Entre autres la plage filmée depuis une voiture qui roule , la devanture du musée du bonheur ' Ben Salem frères ' , des plans d'intérieurs dont la décoration rappelle celle de la salle chicha . On te demande ton adresse , tu réponds CNRO . On attend le plan de la soirée , tu réponds Bora Bora . J'aime tellement ce petit rituel , raconter l'année qui vient de s'écouler en en faisant un bilan à Boran . Il t'écoute patiemment , il t'offre la moitié de son paquet de clopes , il te raconte des histoires sans queue ni tête . T'entends les grillons pas loin , tu n'arrives pas à détacher ton regard des lumières de l'allée tout le long des parterres de fleurs délimités par des bords rayés blancs & bleus . On gravit les marches , nous voilà sur la grande terrasse , la musique de la boîte de plus en plus forte , les bancs où l'on s'allonge sans se rendre compte qu'ils sont plein de grenadine . Se laisser bercer dans la piscine , dans un câlin interminable se répéter qu'on s'aime et fermer les yeux . Lancer toutes ces questions qu'on adore , " J'ai bronzé dans le dos ? " , " Tu mets ta belle robe ce soir ? " , " Demain on essaye le monoï au coco ? " , " J'ai pas du noir sous les yeux ? " . Dernier soir sur la plage . Si , t'as plein de noir sous les yeux . On lui a expliqué , il est resté silencieux . Et finalement il a dit " C'est ça , la vie . Je vous souhaite un bon retour . "
( Ils ont remplacé les fauteuils rouges . 'Li tourné' et 'Sega Tipilipe' ne sont plus les seuls hymnes du camp . Le bungalow 334 était habité . Il y a des nouvelles marches pour atteindre le solarium . On a compris ce qui faisait la beauté de nos vacances , d'où venait le piment qu'on aime tant , on a cherché , tourné la tête de tous les côtés , on n'a pas trouvé ce qu'on cherchait . )